François
par
Superbe jour, que le 14 janvier 1971 dans les yeux de mes parents et de ma sœur de 4 ans ; mais ce merveilleux instant n’a duré que peu de temps, car tout le monde s’est très vite aperçu que je n’étais pas en très grande forme. Très vite, on m’a placé dans une salle à part. A partir de cet instant, les médecins ne se prononçaient pas sur mes jours à venir.
En plus, le lendemain de ma naissance, une jaunisse est venue attaquer mon petit corps fragile. Moi je ne cessais de pleurer depuis la sortie du ventre de ma maman. Après un mois passé dans une chambre, où mes parents ne pouvaient me voir que derrière des vitres, les médecins ont décidé que je pouvais rentrer à la maison.
« On est bien chez soi ! ». J’ai commencé à prendre du poids, je ne pleurais plus. Bien sûr, un mois passé dans une chambre surchauffée, ça ne convient guère à un nourrisson atteint de dysplasie.
Déjà, mon troisième anniversaire, papa et maman m’emmènent chez le médecin de famille, car ils sont tout de même très inquiet du fait que mes dents ne poussent pas ; 7 dents (5 en haut et 2 en bas), c’est déjà bien, non !!! Ce seront les premières et les dernières. Le médecin explique alors à mes parents que je présente un handicap physique, voir mental ! et que l’on ne peut pas faire grand chose, et qu’il conviendrait d’aller voir un psychiatre, car je semble présenter, selon lui, des troubles psychiques ! (mauvais diagnostic).
Mes parents n’en croyant pas un mot, décident tout de même de prendre rendez-vous avec ce spécialiste. Le diagnostic est sans appel !!! Pourquoi m’amène t’on cet enfant ? Il est tout à fait normal. Il me faut maintenant, très vite des appareils dentaires. Maman se renseigne auprès de plusieurs dentistes qui lui disent que l’on ne peut rien faire avant l’âge de 16 ans. Pour mes parents c’est hors de question ! Ils continuent de chercher et par hasard obtiennent l’adresse d’un dentiste spécialiste des enfants. L’école ! « Oui je veux. Maman, papa, ne vous inquiétez pas, tout se passera bien » (maman donne des consignes à la maîtresse pour les sorties scolaires). Je porte mes premiers appareils dentaires alors que je suis déjà à l’école. Mes copains n’en reviennent pas, mes dents ont poussé en une nuit ! « C’est super les appareils » , « Mince, Maman, je les ai cassés ». « Quoi ! encore ! Deux mois pour les faire réparer, c’est long ». « Ah ! Les voilà de nouveau ». « Maman, encore cassé… » Ils sont plus souvent chez le dentiste que dans ma bouche. Il faut chercher un dentiste plus sérieux. Mes parents trouvent, j’ai des appareils plus solides ! La maîtresse dit que je travaille bien, normal, non !
Un enfant se moque souvent de moi, car je n’ai pas beaucoup de cheveux. Je décide d’en parler à papa et maman qui me disent : « Et bien, répond lui que toi tu n’as peut-être pas grand chose SUR la tête, mais que contrairement à lui, tu en as DANS la tête ». Je m’empresse de lui dire ; il est vexé et ne se moque plus de moi.
C’est déjà les vacances ; Nadine (ma sœur) a de la chance, elle part chaque année en colonie de vacances
Maman, j’aimerais bien aller, moi aussi en colonie de vacances ». « Tu sais, nous ne pouvons plus envoyer ta sœur, ni toi en colonie, car nous n’avons plus assez d’argent ». FAUX, le prétexte, papa et maman ont très peur de me laisser partir par crainte que l’on se moque de moi ou que je casse mes appareils. Dommage sœurette, fini les colonies …..
Ce sera donc, les vacances en famille au Portugal ; mais le trajet est très long et il fait très chaud durant le voyage. Que de bouteilles d’eau seront utilisées et tant pis si les sièges sont humides !
A partir de la 6ème, il m’est plus difficile de pouvoir palier au problème de chaleur l’été en classe, car je ne veux pas expliquer à chaque professeur que je supporte pas la chaleur, et je ne peux pas sortir de classe toutes les cinq minutes pour me rafraîchir. Pour le sport, maman voit mon professeur et lui explique ma difficulté à résister à la chaleur. Je peux donc arrêter à n’importe quel moment pour me mettre à l’ombre ou me passer la tête sous l’eau si j’en ressens le besoin. (Il est difficile de faire comprendre aux gens que le fait de ne pas supporter la chaleur n’est pas toujours lié au soleil ; En effet, le simple fait de pratiquer un sport collectif dans un gymnase entraîne une montée de la température corporelle). Remède, la thermorégulation ARTIFICIELLE = se passer de l’eau sur le visage et sur le corps.
A 12 ans, j’ai très envie de faire de l’escrime, « Je peux ? » Accordé, super ! Je pratique le fleuret et j’obtiens rapidement plusieurs médailles. Je décroche le titre de champion de Bourgogne dans ma catégorie. Des stages de perfectionnement se profilent, ce qui fait alors hésiter mes parents. Ils appréhendent à nouveau les problèmes liés aux appareils dentaires. Ils décident d’en parler au professeur d’escrime, sans m’en avertir. « Laissez aller Frédéric sans crainte, je m’occupe de tout ». Accordé, j’y vais. Nous arrivons sur les lieux du stage. « Tout le monde descend, choisissez tous une chambre et un lit ». Mon prof me fait tarder un peu avant de me faire monter pour choisir un lit. Je monte, trop tard, plus un lit de libre !!! Mon prof me dit alors « Tans pis, tu dormiras avec moi dans ma chambre car il y a deux lits. « Génial, je suis avec le prof » ! Et dire, qu’il a fallu attendre vingt ans pour savoir que ce n’était qu’une mise en scène organisée par mes parents et le professeur d’escrime !!!
18 ans : c’est en février que le drapeau tricolore m’appelle pour rejoindre les rangs. Quelle chance de pouvoir effectuer son service militaire au mois de février en plein hiver, et par -30 °C !!!
J’ai donc profité de la difficulté qu’avaient les 99 % des personnes de mon contingent à supporter le froid, pour montrer ou démontrer à mes chefs mes qualités et capacités physiques ainsi que ma résistance à supporter et surmonter la fatigue physique : pour le mental, il n’y avait aucun problème. Deux mois plus tard, mon objectif est atteint puisque mes supérieurs reconnaissent mes qualités physiques. J’avais gagné une bataille, mais pas la guerre !!!
J’ai pu à ce moment leur expliquer que j’avais d’énormes difficultés à supporter la chaleur ; le problème a alors été pris en compte par la hiérarchie. Je décide de m’engager, tout en sachant que certains moments seront très difficiles pour moi. En effet, j’ai été à plusieurs reprises dans l’obligation de me surpasser et d’aller bien au-delà de mes limites, ce qui m’a souvent valu des coups de chaleurs plus ou moins important.
L’armée demande à chacun d’être bon en tout temps et tout lieu : MA STRATEGIE : me donner physiquement à 200 % dès que les conditions climatiques le permettent (en hiver, les jours de mauvais temps, pluie, neige…) et 100 % de mes capacités physiques en été.
Cette stratégie me vaut d’être admis à l’école nationale des Sous-Officiers d’actives de Saint-Maixent de mai à août 1992. C’est pour moi une nouvelle bataille que je me dois de gagner. En effet, les promotions printemps-été sont assez difficiles sur le plan physique. Il a donc fallu recommencer tout le travail qui consistait à prouver à mes nouveaux chefs que j’avais la condition physique nécessaire pour devenir Sous-Officier. Il m’a tout de même fallu renoncer à plusieurs épreuves physiques (longues marches avec équipement en pleine chaleur, entraînement sur piste …). Mais les efforts payent toujours puisqu’en août 1992, je me vois remettre les galons de Sergent, gagnés à la SUEUR DE MON FRONT !!! Mon classement me permet de choisir mon futur régiment ; ce n’est donc pas un hasard si je suis muté à Lille dans le Nord. De plus, j’y ai rencontré Carole que j’ai épousée, et avec qui j’ai eu un petit Arthur, qui n’est pas atteint de la dysplasie. Mes 7 années chez les CHTI n’ont pas été dans l’ensemble trop difficiles, sauf les mois de juillet et août où il fait tout de même assez chaud.
En 1999, je suis muté à Colmar. Cette ville présente l’inconvénient d’être située dans la plaine d’Alsace, très chaude en été, et l’avantage (pour moi), d’être très froide en hiver. Il m’a donc été facile de mettre en œuvre ma stratégie.
C’est en 2000 que j’ai passé l’épreuve la plus difficile de ma carrière lorsque je suis parti en mission en Guyane durant 5 mois, durant lesquels il m’a été très pénible de supporter le climat chaud et humide de l’Amérique du Sud.
Ces 5 mois ont été pour moi, un enfer, non pas du fait de la mission que nous avions reçu, mais parce que les chaudes journées étaient interminables, et les nuits guère mieux. Je ne pensais pas être un jour obligé de prendre de 10 à 15 douches en une seule nuit. Je buvais en moyenne 7 litre d’eau par jour. J’avoue qu’il m’est arrivé à plusieurs reprises de penser que je ne reviendrais pas vivant, tellement il m’était dur de faire face à cette chaleur. J’ai perdu 6 kg durant cette mission.
C’est aujourd’hui du Kosovo, où je suis parti pour 4 mois (de mai à septembre 2003) que je vous ai écris mon histoire. Je ne pouvais pas me trouver à plus mauvaise période puisque je suis présent pour ce qu’on appelle le mandat d’été. (De plus, c’est un été de canicule dans toute l’Europe).
Heureusement, les bâtiments et les chambres sont climatisés. Néanmoins, la chaleur est insupportable puisque les températures atteignent plus de 40 ° C à l’ombre. Je ne fais donc, qu’une heure et demi d’entraînement sportif par jour, de 6 h 30 à 8 h. Il m’est difficile de poursuivre ces activités physiques passé 8 h.
Dès mon retour en France, je vais préparer mon départ à la retraite, puisque j’aurai servi au sein de cette institution durant 15 années au 2 février 2004. J’ai préparé et obtenu le diplôme de Maître Nageur Sauveteur cette année. Je me prépare à une seconde carrière certainement plus facile que la première. A ce jour, je ne regrette pas un instant tout ce que j’ai pu faire, malgré des moments extrêmement pénibles.
J’ai écrit cette « autobiographie » pour plusieurs raisons :
la première est bien du fait d’avoir subit des pressions énormes !!! de la part Olivia depuis maintenant plus d’un an pour que j’écrive ces quelques lignes. J’ai cédé à la pression !!!
la deuxième, plus sérieuse, est de prouver que l’on peu vivre une vie un peu différente de ce que l’on pourrait attendre d’une personne qui est atteinte de la DEA.
la troisième raison, qui rejoint le seconde, est bien de faire comprendre aux parents qu’il y a beaucoup de choses qui peuvent être faites par ceux atteints de la DEA.
Quels sont les principaux problèmes :
les dents : moi je réponds FAUX ; l’association nous a bien montré qu’il n’y avait plus à ce jour aucun problème pour avoir des appareils dentaires.
la chaleur : là, je dis VRAI, et n’ayons pas peur d’employer le mot « handicap » pour ce problème.
C’est un handicap assez lourd dans la vie de tous les jours et principalement l’été. Il peut être atténué en partie par la climatisation en voiture et à la maison. Pour le reste, pas de miracle, à chacun de s’adapter au mieux à la situation (eau, atomiseur …)
Novembre 2003